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Projet « différences » en Première ES

dans 1ère

Cette année, les professeurs de S.E.S. Et de français de 1ES1 ont proposé aux élèves un projet portant sur la différence.

Pour enrichir leur culture, ce thème est abordé en sociologie, en économie et en français dans une sélection de textes qui jalonnent toute l’année. Pour envisager les multiples facettes de ce mot, la classe a effectué une sortie ce mardi 30 janvier avec un programme à la fois culturel, économique et humain.

La journée a commencé à Villers Cotterêt chez Alexandre Dumas, auteur notamment d’un roman méconnu, Georges, qui évoque les préjugés racistes et que la classe a étudié. Puis, nous avons eu l’opportunité de rencontrer M. Bourhail, un ouvrier d’orinige marocaine qui a donné la priorité à l’éducation de ses enfants, souhaitant qu’ils réussissent mieux que lui-même ne l’avait fait. Ce témoignage très impressionnant a donné l’occasion aux élèves de 1ES1 de mesurer l’importance de la socialisation dans la réussite scolaire ; ils se sont montrés très attentifs et les questions ont été nombreuses. Enfin, nous avons repris le car pour Compiègne et visité CEFF, une entreprise d’installation électrique différente parce qu’elle fonctionne sous la forme d’une S.C.P., c’est-à-dire une société coopérative et aparticipative.

Le projet différence se poursuit avec un travail photographique que vous aurez bientôt le plaisir de découvrir sur le site internet crée par nos B.T.S. S.N. Et qui fera aussi l’objet d’une exposition présentée par la classe.

E. Branquart et D. Caron

 

 

ci-joint un portrait de M. Bourhail paru dans le Monde

Mohamed, l’ouvrier qui aurait voulu être prof de maths

LE MONDE | 07.05.2016 à 18h13 | Propos recueillis par Catherine Rollot

Mohamed Bourhail, 53 ans, travaille dans une PME. Dans la série documentaire « Les Français », sur France 2, il raconte ses espoirs d’études déçus. Et sa fierté devant la réussite de ses enfants.

« Je n’ai pas pu réaliser mon rêve, devenir professeur de mathématiques. Depuis vingt-huit ans, je suis ouvrier dans une PME mais, aujourd’hui encore, il m’arrive de fermer les yeux et de m’imaginer enseignant. Après avoir raté une première fois mon bac, je l’ai retenté par correspondance. En vain. Ce double échec reste une blessure très lente à cicatriser.

Mais la reconnaissance, je l’ai obtenue au travers de mes six enfants. Leur réussite est ma revanche sur le destin. Même si je n’ai pas pu faire ce que je voulais, grâce à eux, je sais pourquoi je me réveille à quatre heures et demie du matin pour embaucher. Ils sont ma plus grande fierté, ils ont ou vont réussir tout ce que j’ai raté.

Ma fille aînée est professeure de sciences de la vie et de la terre à Soissons. Deux autres sont étudiants en master. Les deux derniers vont au collège et à l’école primaire. Et puis, il y a Myriam, 20 ans aujourd’hui et étudiante en médecine, meilleure bachelière de France en 2014, avec 21,03 de moyenne. C’est par un coup de fil de L’Union, le journal local, que j’ai appris la nouvelle. Après, ça a été le tourbillon.

La télé, la radio, les journaux… tout le monde voulait la rencontrer, et c’était moi le papa. Même le maire Front national de Villers-Cotterêts nous a envoyé une lettre. Mais on a décliné l’invitation. Ma femme Nadia et moi-même sommes d’origine marocaine. Il aurait été hypocrite de rencontrer un représentant d’un parti qui prône la haine des étrangers et n’est pas un parti républicain.

Lors des festivités du 14-Juillet, François Hollande nous a conviés à la tribune d’honneur. Myriam a été félicitée par les ministres Najat Vallaud-Belkacem et Benoît Hamon, et elle a même été applaudie par les députés à l’Assemblée nationale. C’était extraordinaire. Le roi du Maroc Mohammed VI l’a décorée, à l’occasion de la célébration de la Fête du trône. Vous vous imaginez, ma femme, ma fille et moi-même invités au palais royal à Rabat, nous, au milieu des gens les plus importants du royaume ?

Et je ne parle pas de tout le courrier. Parmi les lettres reçues du monde entier, il y en a une, écrite par un ingénieur français installé aux Etats-Unis, qui m’a particulièrement touché. Il me disait : “Vous me rappelez mon père. Comme vous, il a tout fait pour que je réussisse.”

Malgré toutes les difficultés, et même si, parfois, les fins de mois sont difficiles, mes enfants, parce qu’ils ont reçu une bonne éducation, vont faire quelque chose de leur vie. Ils ont eu la chance d’être nés en France et de pouvoir bénéficier de son système éducatif. Mais ils ont aussi travaillé dur. Tous ont choisi leur voie, nous n’avons pas décidé pour eux. En revanche, en tant que parents, nous les avons toujours suivis et encouragés. Quand ils étaient plus jeunes, j’aimais m’asseoir à côté d’eux pour les aider ou simplement les regarder faire leurs devoirs. Encore maintenant, je suis content de les emmener à l’école, de rencontrer leurs professeurs, de les ramener à l’université à la fin du week-end.

Je n’ai pas eu cette chance. Peut-être, aussi, que je n’avais pas les mêmes capacités qu’eux. Je suis arrivé en France à 16 ans. J’allais passer en troisième. Au Maroc, j’avais un bon niveau et même obtenu à un examen les meilleures notes de ma province située dans la région du Rif. A cette occasion, mon père m’avait envoyé un peu d’argent de France.

Dix ans auparavant, il avait quitté notre village pour travailler d’abord en Algérie puis à l’usine en Picardie. Comme mes quatre sœurs, j’ai été élevé par ma mère et mon grand-père. Pendant longtemps, mon père n’a été que cette voix enregistrée sur des cassettes audio, envoyées de France. Il nous rendait visite une fois par an mais c’était toujours triste. A son arrivée et à son départ, on pleurait parce qu’on savait qu’il allait repartir.

En 1979, toute la famille l’a rejoint à Villers-Cotterêts. Quelle joie d’être enfin réunis, mais aussi quelle peine de quitter mon grand-père adoré et tous mes amis. Quand je suis arrivé ici, je ne connaissais personne, je me demandais ce que je faisais là, dans cette petite ville de l’Aisne. Et puis, avec l’école, le foot, le karaté, je me suis fait des copains.

Au niveau scolaire, je me débrouillais. Pourtant, en seconde, sans savoir pourquoi et sans qu’on me demande mon avis, j’ai été orienté dans un lycée technique pour faire du dessin industriel. Je ne savais même pas ce que c’était. Mes parents non plus. Ils étaient analphabètes et donc incapables de suivre ma scolarité. Et puis, ils n’osaient pas aller voir les professeurs.

Après une année en lycée technique, je suis revenu dans l’enseignement général, d’abord en première à dominante mathématique, et ensuite, en terminale D, plus axée sur la biologie. Cette mauvaise orientation après le collège m’avait complètement perturbé. Quelque chose s’était cassé en moi. Pourtant, j’adorais l’arithmétique, la logique, les problèmes mathématiques. A l’époque, je donnais même des cours à des collégiens.

Après mon échec au bac, j’ai cherché du travail. En novembre 1988, je suis rentré à la Société de galvanoplastie industrielle, spécialisée dans les traitements de surface. J’y travaille toujours. J’ai appris le métier sur le tas. Je suis contrôleur de traitement BF5, un procédé breveté d’oxydation anodique chromique, utilisé pour les pièces dans l’aéronautique. Je gagne 1 800 euros par mois avec les primes. Dans une PME, les possibilités d’évolution et de formation sont limitées, je suis resté au niveau ouvrier.

Après toutes ces années, tout le monde me connaît – je suis élu CFDT – et m’appelle “Momo”. Augmentations de salaires, prime pour les postes difficiles, réduction des inégalités entre hommes et femmes… Avec mes collègues syndiqués, nous avons quand même réussi à obtenir des avancées dans la boîte.

Quand je regarde le chemin parcouru, je me dis que, finalement, j’ai en partie réussi ma vie. Mes enfants sont armés pour tracer leur route. La mienne est celle d’une enfance marocaine à la campagne, avec la figure de mon grand-père m’attendant à l’ombre d’un arbre. L’école était à sept kilomètres de la maison et il ne voulait pas, une fois mes camarades rentrés chez eux, que je fasse le dernier kilomètre seul. Je l’ai revu pour la dernière fois en 1979. Il est mort cinq ans plus tard, sans que je puisse lui dire au revoir.

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